colere

La colère est une réaction normale et nécessaire face à la maladie. J'ai pu remarquer qu'elle n'arrivait pas au même moment, chez certains elle vient après les traitements, chez d'autres au moment du diagnostic. En y réfléchissant il y a quelques jours, moi qui pensais ne pas avoir été en colère, je me suis rendu compte que si. Mais elle a succédé à beaucoup d'émotions, et elle a parfois été dirigée contre certaines personnes qui, par leurs réactions, m'inquiétaient ou m'énervaient plus qu'ils ne m'encourageaient.

Alors aujourd'hui, j'ai un message :

à toi, qui pensais que je pourrais bien faire une pause pendant la radiothérapie (ben oui, l'hôpital peut bien me laisser quelques jours de vacances !),

à toi, qui as essayé de me vendre une convention obsèques alors que tu venais de me dire que je n'avais pas le droit à une aide ménagère parce que le cancer n'était pas un accident et que mon opération était prévue (NO. COMMENT.),

à toi, qui m'as dit que mes douleurs inter-costales étaient psychologiques et que j'avais un deuil à faire (coucou Dr Charlatan, c'était une embolie pulmonaire !),

à toi, qui m'as dit qu'on avait tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête et que je devais aller de l'avant, sinon je ne vivrais plus (je reprends le travail, je construis une nouvelle relation, mais non, je ne vais pas de l'avant),

à toi, qui m'as dit que ce n'était pas possible que j'ai des douleurs articulaires (ça doit être psychologique, comme les personnes qui prennent la même hormonothérapie que moi et qui me disent avoir le même symptôme),

à toi, qui m'as dit "non mais ton sein, là, c'est terminé !" (euh... ça sera terminé quand je n'irai plus toutes les 3 semaines en hôpital de jour, quand on me considérera comme guérie),

à toi, qui m'as dit que tu croyais en la recherche, mais pas pour moi, plutôt pour les générations suivantes (bim, j'ai pris un coup de poing dans le ventre),

à toi, qui m'as dit fièrement que ta copine avait tout fait pour ne pas perdre ses cheveux pendant la chimio (eh bien moi, je me suis trouvée très belle sans mes cheveux !),

à toi qui m'as dit quand j'ai réalisé qu'une collègue était morte mais que personne ne me l'avait dit, "oui mais elle, elle avait un cancer agressif" (euh... ben moi... aussi... et alors ?),

à toi qui m'as dit que je n'étais pas la seule à avoir beaucoup de temps de transport tous les jours pour aller travailler (merci, ça fait plus de 10 ans que je pratique !),

à toi qui m'as dit que ta copine avait un cancer du sein plus grave que le mien (c'est LA chose à dire à un stade IV !),

à tant d'autres qui, souvent sans le vouloir, ont asséné quelques mots, une petite phrase au détour d'une conversation anodine, qui m'ont chamboulée, voire fait mal : si vous n'êtes pas à l'aise, ne parlez pas de la maladie à quelqu'un de malade. N'essayez pas de calquer un cas que vous connaissez (ou le vôtre, vous qui êtes malade !) sur cette personne, d'imaginer dans quel état d'esprit vous seriez à la place du malade. Vous connaissez rarement TOUT ce qu'a traversé la personne en face de vous, tant physiquement que psychologiquement. Médecins, écoutez vos patients. L'expérience me fait dire que nos douleurs sont rarement psychologiques. Si je ne m'étais pas écoutée, si je n'avais pas signalé certaines douleurs à plusieurs médecins, aujourd'hui, je serais morte - et pas du cancer.

Je ne suis pas vraiment susceptible, ni du genre à m'apitoyer sur mon sort. Quand on peut s'appuyer sur des réactions positives et encourageantes en masse et que la chose qui nous tient la tête hors de l'eau est de vivre et de se débarrasser de ces cellules malignes, on en rit. Mais certaines réactions me touchent et m'enlèvent tout mon allant et mon énergie, surtout aujourd'hui, maintenant que les traitements lourds sont terminés et que je reviens peu à peu à une vie un peu plus normale...

PS : si tu te reconnais dans les personnes visées, bisou quand même.