Chabadabada2

L'été dernier, je parlais des célibataires dans ce marathon. Ceux qui n'avaient pas l'épaule d'un conjoint sur laquelle s'appuyer au moment de l'annonce du diagnostic, à qui ils auraient pu déléguer certaines tâches, auprès de qui ils pouvaient trouver un soutien quotidien. Et je me demandais si la maladie n'était pas un frein à une rencontre.

Avec le recul, je peux dire que personnellement, je n'étais pas prête à faire entrer quelqu'un dans ma vie au moment de la chimiothérapie, période où on est épuisé, et la maladie, le traitement et tous les effets indésirables prennent déjà énormément de place dans la vie. Encore moins après l'opération, où mon corps a réagi d'une façon assez phénoménale et difficilement compréhensible, même pour le personnel médical. Et finalement même pas pendant la longue période de radiothérapie, qui, si ce n'est pas un soin douloureux, s'égrène à un rythme tellement soutenu que je n'avais plus beaucoup d'énergie pour autre chose. Mais j'avais besoin de me sentir femme, désirable, désirée. Alors j'ai eu quelques histoires... J'y ai cru parfois, d'autres fois moins, j'ai embrassé un garçon qui ne m'attirait pas du tout et qui n'entrait pas dans mes fameux critères... Puis j'ai repris du poil de la bête et repéré les hommes qui n'étaient pas sérieux et qui repéraient cette faille chez moi pour espérer une histoire d'un soir.

Quand j'ai été opérée, j'ai passé suffisamment de temps à l'hôpital pour être reboostée par les infirmiers et aides-soignants. Ils me trouvaient courageuse, forte, belle et me le disaient (mes chevilles vont bien, merci :-)). Je me souviens de Sylvie qui, lors d'une prise de tension en pleine nuit, m'a dit "Vous êtes encore jeune, vous êtes très belle, quand vos cheveux repousseront vous trouverez quelqu'un qui vous aimera comme vous êtes.", avant de me demander de l'inviter à la noce :-D

Cette période des traitements lourds m'aura appris qu'en médecine comme en amour, il faut laisser le temps au temps. Apprendre à se ménager, à faire le deuil des épisodes passés, prendre le temps de se connaître, laisser les blessures cicatriser... Et un jour, la fatigue est moins grande, un jour, on accepte son nouveau soi et on est prêt à s'ouvrir aux autres, à l'Autre. Aux autres qui ne nous connaissaient pas "avant" et qui acceptent la personne forte mais fatiguée qu'on est maintenant, sans jugement, sans appitoiement. Et puis, l'Autre, qui nous regarde d'une façon qu'on n'espérait plus, tellement ce corps a souffert pendant un an. Celui qui nous regarde comme un trésor.