Cheveux

La première fois que j'ai rencontré l'oncologue, il m'avait prévenue que je perdrais mes cheveux entre la première et la deuxième chimiothérapie. Il m'avait même conseillé de me couper les cheveux pour faire la transition. Les infirmières m'ont proposé de porter un casque gelé pendant la chimio pour ralentir la chute des cheveux. J'ai refusé parce que 1/ le casque est HYPER FROID ! 2/ si ça ne sert qu'à ralentir la chute des cheveux, je ne voyais pas trop l'intérêt. Autant les perdre une bonne fois et les laisser repousser tranquillement après. On m'avait dit qu'ils repousseraient d'1 cm par mois ensuite. J'imaginais donc qu'à Noël, j'enlèverais la perruque, ni vue ni connue.

Oui mais... au long de ces mois de traitement, rien ne se passe vraiment comme prévu. Par exemple, j'imaginais que quand on me raserait la tête au moment où mes premiers cheveux tomberaient, je pleurerais toutes les larmes de mon corps. Eh bien pas du tout. Cela a été au contraire un moment très doux, où j'ai découvert que j'avais un beau crâne, que je pouvais être féminine sans cheveux ni maquillage, bref, je me suis trouvée belle (bon, je venais de passer à quelques doigts de la mort, ça permet de beaucoup relativiser aussi !) Mais je n'imaginais pas que ce serait si difficile de se séparer de cette perruque, que j'ai mis du temps à choisir, à laquelle je me suis rapidement habituée, avec laquelle je me sens moi, protégée des regards inquisiteurs et des questions (peu de personnes dans mon quartier ont remarqué que j'étais malade. Il m'arrive de sortir avec des personnes qui ignorent ce que je traverse si je ne leur en parle pas ; c'est d'ailleurs parfois un peu énervant de m'entendre dire "Mais vous avez l'air en forme !" "Vous n'avez pas l'air malade !" alors que je ne suis pas sortie depuis 3 jours parce que je n'en avais pas la force :-D) Et puis, elle me tient chaud et m'évite de porter un bonnet, en cette période où le printemps met un peu de temps à venir !

Je crois que je me trouve dans une période intermédiaire : à Noël, j'avais les cheveux très courts, c'était plutôt joli ; maintenant, mes cheveux ont une longueur intermédiaire, la coupe n'est pas structurée mais, même si je les ai déjà fait un peu retailler en octobre, je n'ai pas envie de les faire couper à nouveau aujourd'hui, je préférerais qu'ils prennent un peu d'épaisseur... Et pourtant, la perruque commence à glisser sur ces quelques centimètres de cheveux... Fiston non plus n'est pas tout à fait prêt à ce que je sorte "tête nue" : seuls deux de ses amis sont au courant de ce que nous traversons depuis un an, et le regard des autres à l'école peut être blessant. Alors on a fait un deal : si nous ne sommes pas prêts avant, on s'est donné les prochaines vacances pour entamer la transition, sortir sans mon bouclier de cheveux, trouver une nouvelle coiffure, s'habituer au regard des autres, qui finalement ne sera peut-être pas si insistant que cela...