Chabadabada

J'ai lu plusieurs articles expliquant que le conjoint a un rôle important dans le processus de guérison, ou a minima dans le bien-être de la vie du malade.

En effet, le conjoint peut aider le malade diminué, pour effectuer certaines taches ménagères, rassurer les enfants, faire certaines démarches administratives (et il y en a beaucoup au début du traitement !), être présent aux rendez-vous médicaux, mais aussi en étant une personne attentive à l'évolution de l'état de santé, qui peut inciter le malade à appeler le médecin, à lever le pied... Psychologiquement, le conjoint peut être un vrai pilier sur qui le malade se reposera durant une période où les idées noires peuvent arriver au galop, où on se sent affaibli, diminué, moche, capable de rien, où nos rêves volent en éclat, où on n'ose plus faire de projets, où tout est remis en question.

Oui mais... et les malades célibataires dans tout ça ? Certes, ils peuvent avoir un entourage très présent, mais pas forcément omniprésent comme peut l'être un conjoint. Est-ce que la maladie empêche de rencontrer quelqu'un ? Est-ce qu'ils doivent arrêter de vivre pendant la période du traitement ? Est-ce que le malade a le droit d'entrer dans la vie de quelqu'un, avec tout ce que ça comporte ? (Parce que oui, parfois, la maladie, l'entourage, l'équipe médicale, les rendez-vous, tout cela compte largement pour une personne à part entière)

Dans Maligne,  Noémie Caillault dit que, quand ils ne fuient pas, les garçons sont un peu plus gentils quand on leur annonce qu'on a un cancer. Autour de moi, les avis sont partagés : "Tu as vraiment envie de dépenser ton énergie dans une histoire d'amour ?" "Au moins, si tu rencontres quelqu'un maintenant, tu peux être sûre qu'il t'aime vraiment !"

Honnêtement, la période de la chimiothérapie n'est sans doute pas le moment idéal pour rencontrer quelqu'un. D'abord, on est assez auto-centré et on a d'autres préoccupations que trouver l'amouuuur. Et puis, on doit se faire à ce nouveau rythme, on passe beaucoup de temps à l'hôpital ou chez différents médecins, on pleure à chaque nouvelle touffe de cheveux qui nous reste dans la main, quand on ne passe pas nos journées à dormir. Difficile de se sentir séduisante quand on doit composer avec un corps qu'on ne reconnaît plus et une fatigue qui nous assomme parfois !

Il y a quelques semaines, j'ai vu qu'un nouveau réseau, d'amitiés, de soutien mais aussi de rencontres amoureuses, réservé aux personnes atteintes d'un cancer, était en projet. Si je comprends qu'on ait besoin parfois d'échanger avec des personnes qui ont traversé - qui traversent - les mêmes épreuves, doit-on pour autant s'enfermer dans la maladie ? Ne plus créer de liens qu'avec des personnes touchées par la même maladie que soi ?

La maladie ne fait pas automatiquement fuire les hommes, j'ai pu en faire l'expérience. Et en faisant des recherches sur ce sujet, je suis tombée sur l'histoire de Laura Price, 30 ans, atteinte d'un cancer du sein, qui en a fait un atout dans son annonce sur un site de rencontres, et pour qui apparemment cette honnêteté a porté ses fruits. Alors, finalement, je pense qu'il vaut mieux être honnête dès le départ, avec soi et les autres, plutôt que de risquer de repousser LA discussion et de créer un malaise... Et je me dis qu'en effet, la personne qui m'acceptera aujourd'hui, sans cheveux, fatiguée, inquiète, peu disponible entre le traitement et mon Fiston, mais battante, heureuse d'être vivante et d'être entourée de personnes belles et bienveillantes :-)

"Maman solo, dont les cheveux commencent à repousser, dont la résidence secondaire est provisoirement à l'hôpital, cherche homme fort et courageux..." ;-)