marshmallow

Il y a les larmes de peur, au moment où on te dit que tu as une tumeur. Celles où tu es dévastée, tu penses que tu risques de passer par la case chimio, où tu te demandes comment tu vas t'organiser, où tu penses à l'enfance de merde que tu vas faire vivre à ton enfant, parce que le divorce, c'était déjà pas assez, ça manquait d'originalité.
Il y a les larmes de tristesse, quand tu penses qu'il y a un an, tes projets étaient plus rose love que blanc froid d'hôpital. Mais ces larmes, tu les ravales en te disant que finalement, est-ce que ce n'est pas mieux comme ça ? Un cancer, c'est déjà assez "nouvelle vie", t'allais pas ajouter un déménagement et une nouvelle famille là-dessus, non ?
Il y a les larmes de joie, quand tu vois dans le regard des autres que tu comptes pour eux, un peu plus que tu ne le pensais. Quand tu reçois un appel d'un ami qui va te donner le sourire alors que tu broies du noir. Quand tu reçois une carte, un colis, un message auquel tu ne t'attendais pas.

Je suis une fille chamallow. Dans ma vie d'"avant", je pleurais pour un oui ou pour un non. Pour une belle musique. Pour une scène de film cucul la praline. D'émotion quand je parlais. Quand je voyais quelqu'un pleurer. Quand un ami me racontait un épisode douloureux de sa vie. Quand je recevais une mauvaise nouvelle. Quand je recevais une bonne nouvelle. Quand je palpais le bonheur autour de moi. Quand un garçon me disait qu'il m'aimait. Pire encore, quand il me disait qu'il ne m'aimait plus ; les larmes pouvaient arriver dans le métro en allant au boulot, pendant des semaines...
Depuis la fin du mois de mars, j'ai l'impression d'être un robot. Je pleure, oui, mais rarement. Je ne me lamente pas sur mon sort, je pense à "quand je serai guérie". Même si parfois je doute, je me demande si tout cela vaut la peine. Alors je pense à tout ce que j'aimerais faire dans ma vie. Je le regarde, lui, celui qui me rend chèvre et me fait rire 30 secondes plus tard, celui qui s'inquiète et qui prend soin de moi parfois, et je me dis que oui, ça vaut le coup, j'ai encore plein de projets. Alors je ravale mes larmes et j'écris.

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